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Par John Jamieson

Une grave pénurie de main-d’œuvre sévit à travers le monde et le Canada ne fait pas exception. Cette problématique ne date pas d’hier. Le pourcentage de notre population active fléchit depuis 2000, en grande partie parce que les baby-boomers — qui constituaient une grande partie de la main-d’œuvre — ont pris ou vont prendre leur retraite. Ajoutez à cela l’exode rural et les salaires traditionnellement bas liés au travail manuel. On ne se surprendra pas d’apprendre que, même avant la pandémie, le secteur agroalimentaire affichait déjà le taux de postes vacants le plus élevé de toutes les industries. Les retombées de la pandémie vont donc au-delà de la hausse du prix des aliments.

Notre système alimentaire joue un rôle majeur non seulement dans l’alimentation des Canadiens, mais dans celle du monde entier. Nous sommes le cinquième exportateur de produits agroalimentaires en importance au monde. Nos exportations alimentaires génèrent plus de 55 milliards de dollars pour l’économie canadienne. Presque tous nos agriculteurs sont liés de près ou de loin à ce secteur. Et, au-delà de nos fermes, un emploi sur quatre en production alimentaire dépend de l’exportation.

Nos exportations contribuant à financer nos programmes sociaux et de santé, nous devons nous assurer que le Canada dispose d’une main-d’œuvre adéquate pour exporter ses produits alimentaires et maintenir sa souveraineté alimentaire. Cette dernière se veut la capacité, pour tous les intervenants de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de gagner leur vie décemment tout en fournissant le plus de nourriture possible aux Canadiens.

Les travailleurs migrants jouent aussi un rôle important dans notre système alimentaire. Il n’y a tout simplement pas assez de Canadiens qui sont prêts à accepter un travail physique et exigeant pour un faible salaire. Qui peut les pointer du doigt ? J’ai travaillé dans une usine de transformation du poisson de mon adolescence à ma sortie de l’université. L’usine avait 350 cartes de pointage et chacune appartenait à un travailleur local. Mon salaire net s’élevait à 300 dollars pour une semaine de 72 heures. Maintenant, ce sont surtout des travailleurs migrants qui acceptent ces tâches.

En tant que société, nous n’avons pas fait un très bon travail de sensibiliser les gens à la dignité et à l’importance des emplois au sein de notre système alimentaire. Outre le travail manuel, le secteur agroalimentaire d’aujourd’hui repose sur la science et la technologie. Les emplois en agronomie, en ingénierie et en médecine vétérinaire offrent des salaires et des perspectives de carrière compétitifs.

Nous devons penser à des solutions créatives pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre dans notre chaîne d’approvisionnement alimentaire. La solution miracle pour régler la situation du jour au lendemain n’existe pas. Cela dit, le système alimentaire canadien est résilient. Je suis convaincu qu’il continuera à fournir les produits que nous avons l’habitude de trouver en épicerie. Si des défis nous attendent peut-être à court terme, notre système alimentaire est capable de réagir, de s’adapter et de continuer de combler les besoins des Canadiens.

Dans les mois à venir, les médias feront part des nombreuses solutions sur la table comme de nouvelles politiques touchant l’immigration, la main-d’œuvre, la gestion des aliments et les exportations. Nous avons tous le devoir de nous y intéresser et de rechercher des informations crédibles.

La réponse au manque de travailleurs devra passer par un effort concerté de tous les secteurs et de toutes les industries, puisque son impact direct se fait sentir non seulement nos agriculteurs et nos producteurs alimentaires, mais sur nous tous. D’ici là, la pénurie de main-d’œuvre continuera d’avoir des répercussions sur les aliments qui se retrouvent sur nos tables.

John Jamieson est le président-directeur général du Centre canadien pour l’intégrité des aliments.

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